Conte littéraire

Trois chênes

Un pèlerin aveugle obtient la guérison de sa cécité en priant avec une persévérance absolue pour le salut de trois âmes de brigands emprisonnées dans des chênes, démontrant que la miséricorde divine n'a pas de limites face à une foi inébranlable.

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Trois chênes

Un pèlerin venait des Solovki, un peu aveugle. Dans quels monastères n'avait-il pas été, devant quelles icônes et quelles reliques ne s'était-il pas prosterné, sans que ses yeux ne s'ouvrent ? Il marchait, le pèlerin, soulevant la poussière avec ses laptis, frappant la route de son bâton. Il ne savait où aller, où chercher le miracle.

Le temps inclinait vers le soir. Le pèlerin était fatigué, il avait faim. Il s'écarta du chemin sur le côté, tâtonna autour de lui avec son bâton. Le bâton heurta une pierre.

Le pèlerin s'assit dessus, sortit de son sac une croûte de pain rassis, fit le signe de la croix et se mit à manger.

À l'endroit où le pèlerin s'était assis, se tenaient trois chênes. Ils se tenaient côte à côte, entrelaçant leurs branches comme des frères de sang. Ils étaient robustes, hauts et largement étalés.

Le pèlerin est assis, mange sa croûte de pain, et soudain il entend :

— Encore, frères, un homme est venu vers nous. Prions-le de prier pour nous.

— Il ne le fera pas. Combien sont venus... Chacun va à ses propres affaires, qui prierait pour nous ?

— Si je ne racontais pas mon péché, peut-être que quelqu'un prierait, mais chacun pense : un tel péché ne peut être expié.

Le pèlerin fut étonné : quelle étrange chose, pensa-t-il, qui donc parle ? Les voix sont si sourdes, comme venant de sous terre.

— C'est nous, homme de Dieu, les chênes. Nous sommes trois ici au bord du chemin, trois petits brigands. Le Seigneur nous a punis, Il a enfermé notre âme dans la chair du bois... Nous te ferons notre confession, et toi, prie pour nous, homme de Dieu.

— Je serais heureux de prier, dit le pèlerin, mais mes prières n'atteignent pas Dieu. Voilà tant d'années que je prie, et je reste aveugle.

— Prie, pèlerin, demandent les brigands, nous te raconterons nos péchés.

— Eh bien, racontez.

Le chêne de droite bruissa, comme s'il secouait la tête :

— C'est lourd pour moi... oh, comme c'est lourd ! commença-t-il, et il raconta comment, pendant près de trente-trois ans, il avait erré avec une bande turbulente le long de la rivière Oka. Combien d'âmes avaient été perdues, on ne les comptait plus, combien de sang avait été versé, toute une mer... De tous les péchés, un seul restait le plus mémorable : il avait perdu une jeune fille dans la forêt... Elle cueillait des framboises sucrées. Il l'avait outragée, puis avait enfoncé un couteau aigu entre ses seins blancs, et l'avait pendue par ses tresses à une haute branche.

Le chêne du milieu bruissa si fort que les feuilles tombèrent.

Il raconta :

Il faisait le brigand sur la Volga. Combien d'âmes avaient été perdues, on ne les comptait plus, combien de sang avait été versé, toute une mer. Un péché parmi tous était le plus mémorable : une fois, il était venu dans un skite chez un ermite, et l'ermite s'était mis à l'instruire :

« Non, dit-il, il n'y a pas de pardon pour toi. » Ces mots lui avaient serré le cœur. Il l'avait frappé d'une masse d'armes et était parti...

Le chêne de gauche trembla, chancela :

— Mon péché est terrible, il n'en est pas de plus lourd au monde. Tu ne prieras pas, pèlerin. Tu partiras sans écouter jusqu'au bout. Et il raconta comment Vassili avait été capturé par un voïvode. Le voïvode l'avait torturé, lui demandant ses complices, alors qu'il n'avait pour tout compagnon qu'une masse d'armes et un couteau damassé. Le voïvode lui avait promis que, s'il dénonçait les autres, on lui couperait la main droite et on le libérerait. Alors, par peur, il s'était mis à accuser n'importe qui, et pour que le voïvode croie davantage à ses paroles, il avait accusé sa propre mère.

— Oui, vos péchés sont lourds, soupira le pèlerin, mais je prierai tout de même pour vos âmes pécheresses.

Le pèlerin se mit à genoux et commença à prier. Il pria pendant quinze ans. Les corbeaux lui apportaient de l'eau et du pain. Il usa ses genoux jusqu'à la pierre à feu...

Le premier à tomber fut le chêne de droite. L'âme du brigand en sortit.

L'âme dit : « Il fait clair et joyux pour moi. »

Le deuxième à tomber fut le chêne du milieu. L'âme du brigand en sortit. L'âme dit : « Il fait clair et joyux pour moi. »

Mais le troisième chêne demeure debout, comme il l'était.

Le pèlerin pria jusqu'aux larmes de sang ; toujours pas de pardon pour le troisième brigand.

— Seigneur ! s'écria soudain le pèlerin dans le désespoir, je T'ai demandé d'ouvrir mes yeux. S'il existe un péché que Tu ne peux pardonner, alors je ne veux plus voir la lumière blanche et il vaut mieux que je reste aveugle jusqu'à la mort.

Et alors le troisième chêne tomba. L'âme du brigand en sortit, elle dit : « Il fait clair et joyux pour moi. »

Et les yeux du vieillard s'ouvrirent, et il glorifia le Seigneur pour Sa sagesse et Sa miséricorde...